Loi Littoral et espaces remarquables : Annulation de la révision du PLU de La Grande-Motte et du permis du restaurant de plage.

Analyse des jugements du TA de Montpellier du 4 juin 2026 : Autorité de la chose jugée, requalification du zonage sur-mesure et critères des aménagements légers en zone dunaire.

URBANISME

Tiphanie DOMINICI-MASSONI - Avocate au Barreau de Paris

6/5/20262 min read

🏗️🏖️Un restaurant de plage ; une dune ; un permis accordé en février 2025 : Une commune qui pensait avoir trouvé la bonne parade pour contourner une précédente condamnation.

Et pourtant...

Hier, le 4 juin 2026, le Tribunal administratif de Montpellier a rendu deux décisions majeures (n° 2406485 et n° 2502796), par lesquelles il annule, d'une part, la révision allégée du PLU de La Grande-Motte et, d'autre part, le permis de construire du restaurant de plage "L'Effet Mer".

Ce qui rend ces décisions particulièrement intéressantes, c'est leur contexte :

La commune avait déjà été condamnée en 2021 pour ce même secteur (Le Grand Travers), identifié comme espace remarquable au sens de la loi Littoral par le SCoT du Pays de l'Or. En exécution de ce jugement, elle avait pris le parti de classer l'essentiel du secteur en zone 1N, mais elle avait maintenu une petite portion en zone 2N, précisément celle sur laquelle s'implantait le restaurant.

Le Tribunal administratif ne s'y est pas trompé, en considérant qu'aucune circonstance de droit ou de fait nouvelle ne justifiait ce traitement différencié.
Qui plus est, l'étude "quatre saisons" produite par la commune, identifiait elle-même un enjeu écologique fort sur le cordon dunaire de la zone en litige, sans coupure paysagère avec le reste du secteur classé 1N. Impossible, dès lors, de s'affranchir de l'autorité absolue de la chose jugée.

Résultat : double annulation.

1- Le PLU révisé est partiellement annulé sur la partie litigieuse.

2- Le permis de construire tombe avec lui. Le restaurant, avec ses 440 m² d'emprise au sol, ses 160 m² de plancher et ses lourds travaux de montage/démontage, ne pouvant pas être qualifié d'"aménagement léger" au sens de l'article R. 121-5 du Code de l'urbanisme.

Quels enseignements en tirer ?

- Pour les collectivités : Une annulation contentieuse ne se contourne pas par une révision habile du PLU et un zonage sur-mesure.
L'autorité absolue de la chose jugée s'attache non seulement au dispositif du jugement mais aussi aux motifs qui en constituent le soutien nécessaire. Jouer sur le zonage pour rouvrir une fenêtre fermée par le juge, c'est prendre le risque d'une nouvelle annulation ; avec cette fois l'obligation d'engager l'élaboration de nouvelles dispositions du PLU dans un délai strict de quatre mois.

- Pour les opérateurs économiques : Un permis accordé en zone littorale sur la base d'un PLU contestable reste un permis fragile. La conformité apparente au PLU ne suffit pas à assurer la légalité d'une autorisation d'urbanisme au regard des dispositions directement applicables de la loi Littoral.